Comment mettre en place l'école inclusive ?

Comment mettre en place l'école inclusive ?
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Depuis quelques années, la notion d’inclusion est devenue un enjeu majeur pour l’école. En effet, « L’école doit de plus en plus faire face à des élèves qui présentent une grande hétérogénéité » qu’ils soient porteurs de handicap, élèves en décrochage ou en difficulté, elle a un véritable défi à relever. Entretien avec Jacques Joguet, auteur du livre « L’éducation Inclusive, concrètement que faire ? » aux éditions Tom Pousse qui, avec son ouvrage, nous propose des pistes de réflexions et d’actions.

L’inclusion en milieu scolaire fait débat. Pour vous, qu’est-ce qui se cache derrière ce mot ?

Un réel enjeu de société et un changement de paradigme, donc un effort de réflexion conséquent à mener au sein de chaque équipe d’enseignants.

Si on parle d’inclusion c’est donc qu’il y a exclusion ?

Vous avez raison, l’idéal serait qu’on ne parle que « d’école », une école sans qualificatif qui répond avec pertinence à la diversité des besoins des élèves, c’est ce à quoi pourrait participer l’éducation inclusive. Nous avons un système très catégoriel qui perdure au sein de notre société ainsi que dans notre système d’enseignement (cf. rapport commission ONU septembre 2021). Ce fonctionnement renvoie à des normes qui excluent en favorisant l’entre soi, d’où des « exclusions » beaucoup trop nombreuses. A l’issue de la classe de 3e, selon les chiffres on parle de 80 à 120 000 jeunes qui se retrouvent en dehors du système scolaire chaque année. A ce propos je trouve intolérable de désigner ces jeunes comme des « décrocheurs » (exemple d’appellation catégorielle qui exclue) alors que suite à différents facteurs d’ordre sociaux, familiaux, scolaires ils se retrouvent en-dehors du système scolaire…sans compter les exclus de l’intérieur (ceux qui n’ont pas les codes et à qui on ne les a pas donnés), etc. Donc, effectivement il y beaucoup trop d’exclusion et c’est parfaitement intolérable.

Dans l’apprentissage, quelque qu’il soit, il y a un apprenant et un élève. Pour vous, l’accès au statut d’élève nécessite certaines exigences à mettre en place.

La première réponse se situe certainement au niveau du regard porté sur le jeune par celles et ceux qui l’entourent. Etre reconnu dans sa singularité, être respecté, être écouté, être en confiance et développer une estime de soi à travers l’ensemble des tâches d’apprentissage et des inters actions qui caractérisent un lieu d’apprentissage.

Vous écrivez : « l’erreur est un outil pédagogique par excellence », c’est un peu à contre-courant d’une société qui vise souvent la perfection ?

Aujourd’hui, l’idée que l’erreur est un outil pédagogique par excellence rencontre, je pense, de plus en plus d’adeptes. Encore faut-il que cela se traduise sur le terrain par une attitude adaptée de la part de l’enseignant.. L’erreur relevée dans une production d’élève est le matériau de base à partir duquel l’enseignant réoriente l’effort de l’élève pour lui permettre d’atteindre l’objectif visé. L’erreur est incompatible avec « sanction » mais favorise « la pensée » et « l’accessibilité», conditions nécessaires pour se rapprocher de la perfection, dans le cas où celle-ci serait de ce monde…

Un autre outil que vous préconisez, c’est « l’évaluation différenciée ». Une manière d’évaluer des productions d’élèves plus que d’évaluer l’élève lui-même. Une petite révolution ?

Avec l’accueil et la prise en compte de la « diversité des élèves » dans les classes (loi juillet 2013 Refondation de l’école) les enseignants rencontrent des situations souvent complexes qui conduisent à imaginer, à partir d’une tâche commune, des objectifs pluriels selon les capacités des élèves. Nier cette diversité sous prétexte d’égalité est inconcevable. A des objectifs pluriels seules des évaluations en cohérence avec les tâches demandées seront pertinentes, pour l’enseignant comme pour l’élève. D’où l’impératif d’évaluations personnalisées des productions d’élèves, qui ne sauraient corrélées la valeur de l’élève à un niveau de réussite scolaire, comme c’est trop souvent le cas quand on évalue l’élève.

L’évaluation d’une performance est nécessaire pour mettre en exergue l’élément qui a permis une progression (écart entre 2 productions) ou pour identifier l’élément qui est à l’origine d’une performance moindre. Quoi qu’il en soit, l’élève réussit ou apprend, il ne doit plus y avoir de perdant quand on a un statut d’élève, c’est ce qui doit être la caractéristique première de « l’école » en la différenciant d’un système de marché.

Vous consacrez tout un chapitre sur « l’école est un espace à créer ». Énième réforme ou vœu pieu ?

L’école est un espace à créer, plus précisément l’école est un lieu à adapter à des fonctionnements qui sont en mouvement, Nos aspirations se transforment, nos besoins changent, nos projets différent, notre société évolue comme tout être vivant. L’école ne peut rester en dehors de cette évolution, au risque de voir se creuser un écart avec les besoins auxquels elle doit répondre chez les jeunes qui lui sont confiés. Les plus vulnérables, c’est-à-dire les élèves pour lesquels les apports attendus par l’école ne peuvent être compensés par la famille seront les victimes toutes désignées, ce n’est pas supportable.

Quel conseil donneriez-vous à un enseignant qui souhaite mettre en place ce que vous appelez « l’école de l’excellence pour tous » ?

Donner un conseil n’est pas aisé mais inviter à la réflexion, pourquoi pas. L’excellence doit-elle être associée à l’abstraction ou peut-on imaginer qu’une réalisation qui prend appui sur des éléments concrets puisse atteindre l’excellence ? Je pense à un élève qui réussit en boulangerie, en soudure, en menuiserie, etc. Dans ce cas peut- on dire que tout élève qui réussit une tâche aboutie en lien avec ses potentialités est à même d’atteindre l’excellence ?

À savoir

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Jacques Joguet est enseignant auprès d'élèves en difficulté, chef d'établissement et aujourd'hui formateur au sein d'un ISFEC pour la préparation au CAPPEI (Certificat d'aptitude professionnelle aux pratiques de l'éducation inclusive). Ses interventions auprès d'un large public (étudiants en Master, enseignants du 1er degré, du 2d degré, établissements spécialisés, chefs d'établissement et AESH) visent à faciliter une meilleure prise en compte de l'hétérogénéité des compétences de chaque élève et la promotion de l'éducation inclusive.

L’éducation inclusive, concrètement que faire ? Jacques Joguet - Éditions Tom Pousse - 200 pages - 14,5 x 21 cm - 15 €

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